A la Nef : clients, sociétaires et salariés participent à une même trajectoire

Gilles ANDRE· 29 mai 2026 à 10:00
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Et si votre argent travaillait enfin pour ce qui compte vraiment ? Avec La Nef, banque coopérative et transparente, l’épargne finance des projets écologiques, sociaux et culturels, près de chez vous.

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Une banque éthique, définie par quatre piliers concrets

Parler d’argent à la radio n’a rien d’anodin : c’est souvent intime, parfois tabou, et pourtant décisif. Sur AirZen Radio, Ivan Chaleil, président du directoire de la Nef, assume une idée simple : l’éthique n’est pas un supplément d’âme, c’est une méthode. Pour lui, une banque éthique se reconnaît d’abord à ce qu’elle fait de l’argent confié par ses clients et sociétaires, et à la façon dont elle le fait.

La Nef s’appuie sur quatre piliers. D’abord, « le circuit court de l’argent » : l’épargne collectée sert à financer l’économie réelle, pas des montages lointains et illisibles. Ensuite, la transparence : les financements sont rendus publics. Troisième pilier, l’exclusivité : la Nef finance uniquement des projets écologiques, sociaux et culturels. Enfin, la vie coopérative : la banque appartient à ses sociétaires et cherche à les rendre acteurs, pas simples spectateurs.

Dans un paysage bancaire où l’on parle beaucoup de “finance responsable”, la Nef revendique une ligne claire : pas de compromis sur la destination des fonds. « On a envie de dire aux citoyens, l’argent, c’est de l’énergie, orientez-la au bon endroit et vous changerez le monde », résume Ivan Chaleil. Une phrase qui remet l’épargne à sa juste place : un levier d’action, à la portée de chacun. 

Devenir sociétaire : 90 euros pour entrer dans une dynamique de “bien commun”

La coopérative n’est pas un mot décoratif : à la Nef, il structure la gouvernance. La banque est détenue par 50 000 sociétaires, qui possèdent le capital et peuvent participer à la vie de l’organisation. Pour rejoindre l’aventure, le ticket d’entrée est volontairement accessible : trois parts sociales, soit 90 euros (30 euros la part). Une somme qui ouvre plus qu’un compte : elle ouvre un rôle.

Car être sociétaire, c’est pouvoir s’impliquer à différents niveaux. Se former, représenter La Nef sur des salons, en parler autour de soi, mais aussi aller sur le terrain. « Vous pouvez aller visiter des emprunteurs de la Nef aussi, voir que ce que vous avez placé comme argent a servi très concrètement en bas de chez vous », explique Ivan Chaleil. On sort du flou : l’argent redevient traçable, presque palpable.

Cette logique de proximité transforme la relation bancaire. Là où l’épargne est souvent perçue comme une ligne sur un relevé, elle devient un récit local : un magasin bio, un vendeur de cycles, un café coopératif. Le sociétaire peut relier un montant déposé à une activité qui fait vivre un quartier, crée de l’emploi, soutient des pratiques plus durables. « C’est votre outil à vous, c’est notre bien commun », insiste le président du directoire.

Cette approche a aussi une vertu pédagogique : elle redonne aux citoyens le droit de s’interroger sur la destination de leur argent. Et surtout, elle leur donne des moyens d’agir, sans avoir besoin d’être expert en finance. La coopérative devient une porte d’entrée vers une consommation plus cohérente, en commençant par un geste souvent oublié : choisir sa banque.

Transparence : la “carto” des financements pour savoir où va l’argent

Le cœur du modèle de La Nef, c’est la redevabilité. Dans l’échange, Ivan Chaleil pointe un problème largement partagé : l’opacité du secteur bancaire, mais aussi l’impossibilité, pour beaucoup de particuliers, de savoir ce que devient leur épargne. Selon lui, l’enjeu dépasse la simple curiosité : sans information, pas de choix ; sans choix, pas de pouvoir citoyen.

La Nef a donc fait un pari rare : publier sa liste de financements. « On publie chaque année notre liste des financements et vous avez le nom de la structure, combien on a prêté et pour quoi faire », détaille-t-il. Une transparence qui change la relation de confiance : elle ne repose plus sur une promesse, mais sur des faits vérifiables.

Cette publication est aussi une manière de montrer que l’éthique peut être opérationnelle. Loin des slogans, elle s’incarne dans des lignes de crédit, des projets accompagnés, des structures qui se développent. Pour les porteurs de projets, c’est une chance de trouver un financement aligné avec leurs valeurs. Pour les épargnants, c’est une façon de relier leur argent à des impacts positifs, sans perdre la visibilité sur ce qui est fait en leur nom.

Dans un monde où les flux financiers sont massifs et souvent difficiles à suivre, cette démarche propose un repère simple : la clarté. Elle remet aussi la banque à sa fonction première : collecter l’épargne et financer l’économie réelle. Et elle invite, sans culpabiliser, à reprendre la main sur un acte quotidien : déposer son argent quelque part, c’est déjà voter pour un modèle.

Une “radicalité” constructive : agir à la racine, par des solutions concrètes

Quand l’intervieweur évoque une forme de militantisme, Ivan Chaleil nuance : il parle plutôt de radicalité, au sens premier. « Une radicalité, mais dans le sens du terme premier, c’est-à-dire de s’attaquer aux sujets à la racine », précise-t-il. La racine, ici, c’est la place de la finance dans nos sociétés : depuis des décennies, la financiarisation progresse, tandis que les urgences sociales et écologiques s’intensifient.

La Nef ne prétend pas tout résoudre seule, mais elle propose un outil immédiatement mobilisable. Une banque, c’est un intermédiaire puissant : elle oriente l’épargne vers certains secteurs plutôt que d’autres. En choisissant de réserver ses financements à des projets écologiques, sociaux et culturels, elle pose une règle du jeu lisible. Et elle démontre, au passage, qu’un autre modèle bancaire n’est pas une utopie, mais une organisation qui fonctionne.

L’ambition affichée est double : grandir et entraîner. La Nef compte 100 000 clients, ce qui reste modeste face aux géants du secteur, mais significatif pour une banque de ce type. « Nous sommes très fiers de cela, mais nous savons que nous pouvons faire beaucoup mieux », reconnaît Ivan Chaleil, qui souhaite aussi que d’autres banques s’inspirent de cette exigence de transparence et d’utilité.

Son cap pour l’avenir est clair : prouver que rentabilité, sécurité de l’épargne et éthique peuvent cohabiter. « Montrer par l’exemple que la rentabilité d’une banque, la sécurisation de l’épargne d’une banque et l’éthique sont compatibles », dit-il. Et surtout, faire évoluer les règles du secteur : « On ne pourra pas changer tout seul. Il faut que les autres aussi autour de nous changent ». Une vision qui dépasse l’entreprise : elle vise un mouvement.

Donner du sens au métier de banquier : une cohérence vécue en interne

La cohérence, justement, ne s’arrête pas aux financements. Elle se joue aussi dans la manière de travailler. La Nef compte 130 collaboratrices et collaborateurs, et Ivan Chaleil décrit une dynamique d’équipe nourrie par la transparence et la coopération. Beaucoup de recrues, explique-t-il, arrivent après un parcours dans la banque traditionnelle, avec une envie forte : retrouver du sens.

« Je suis banquier ou je suis banquière, mais en fait, je n’ai plus de sens dans mon métier. Et je vais à la Nef », rapporte-t-il, évoquant des profils expérimentés, parfois 20 à 30 ans de carrière. L’idée n’est pas de renier la compétence bancaire, bien au contraire : il s’agit de remettre la technicité au service de projets utiles. Une façon de réconcilier expertise et impact.

La Nef revendique aussi un fonctionnement de PME coopérative, avec une circulation importante de l’information en interne et une place laissée aux initiatives. La transparence prônée à l’extérieur devient une règle de management. « La cohérence pour nous, c’est indispensable », insiste Ivan Chaleil, qui dit ne pas pouvoir défendre des valeurs écologiques et sociales d’un côté, et les oublier dans la vie de l’entreprise.

Cette cohérence a un effet d’entraînement : elle donne envie de rester, de s’impliquer, et de porter le projet au-delà des murs de l’organisation. Car dans une coopérative, les frontières sont plus poreuses : clients, sociétaires et salariés participent, chacun à leur niveau, à une même trajectoire. Et cette trajectoire raconte autre chose que la course au profit : elle raconte une finance qui redevient un outil au service du vivant et du lien social.

Une épargne plus consciente, pour une économie plus locale et plus utile

Au fond, La Nef propose une idée rassurante : il est possible d’agir sans tout révolutionner dans sa vie du jour au lendemain. Changer de banque, devenir sociétaire, choisir une épargne transparente : ce sont des décisions accessibles, progressives, et qui s’additionnent. Elles permettent de reconnecter l’argent à l’économie réelle, celle qui fait tourner les territoires et soutient des modes de production plus respectueux.

Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large : celui d’une consommation plus consciente, qui ne se limite pas au panier de courses. L’argent placé sur un compte ou un livret n’est pas neutre ; il finance forcément quelque chose. En rendant cela visible, La Nef redonne aux citoyens un pouvoir tranquille : celui de choisir l’orientation de cette “énergie” collective.

À l’heure où de nombreuses personnes cherchent des solutions concrètes face aux défis sociaux et environnementaux, l’exemple de La Nef rappelle une chose essentielle : la transition se construit aussi avec des outils du quotidien. Une banque peut être un acteur de changement, une coopérative peut devenir un bien commun, et une épargne peut soutenir des projets qui améliorent la vie, ici et maintenant. Cette dynamique, quand elle se diffuse, ouvre un horizon simple et solide : une économie plus transparente, plus locale et plus humaine.

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